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31.03.2010

Un film en couleur montrant Saint Exupéry a été retrouvé fortuitement par un particulier qui visionnait les films de jeunesse de son père. Tourné en 16 mm avec du film Kodachrome, cette pellicule est mise en vente le 18 mai 2010 à Sotheby’s Paris.

 

Ce document historique, montre Antoine de Saint Exupéry et son épouse Consuelo, en cabotage sur un lac, près de Montréal en 1942. Le film d’une durée totale de 2 : 39 min, contient un zoom de 1 : 50 min sur l'écrivain.

 

Madame Frédérique Parent, expert chez Sotheby's, décrit la scène : « C'est l'un des trois films connus à ce jour sur Saint-Ex en mains privées. On en connaît un où il tire au ball-trap sur le Normandie et un autre où il est sur le tarmac près de son avion. Mais tous deux ne durent que quelques secondes. Là, l'écrivain entouré de femmes, sous l'œil vigilant de Consuelo à la barre, joue au séducteur, raconte des blagues et rigole. C'est une vision totalement inattendue de Saint-Ex, pourtant à ce moment-là malade et déprimé, qu'a filmée le propriétaire du bateau, à bord duquel celui-ci a été convié.»

 

Ce film est un des rares documents parvenu à ce jour sur ce séjour à Montréal.

En avril 1942, Saint Exupéry est invité à Montréal par son éditeur canadien Bernard Valiquette. Celui-ci lui à demandé de donner quelques conférences pour relater son expérience de la guerre lors de la sortie de Pilote de guerre. Les américains sont bouleversés par son récit alors que les français exilés aux États-Unis lui réservent un accueil mitigé. Face aux polémiques et aux querelles, Saint Exupéry entend défendre ce qui lui semble le bien le plus précieux : le besoin d’unité de la France. Alors qu’il n’avait prévu de ne rester que deux jours, il est avisé qu’il ne peut regagner les États-Unis ayant passé la frontière sans visa d’entrée. Il doit attendre la régularisation de son visa pour rentrer aux États-Unis.

 

Il séjourne à l’hôtel Windsor, bientôt rejoint par Consuelo. Saint Exupéry vit très péniblement cet exil contraint au sein d’un autre exil, celui de son séjour prolongé aux États-Unis, comme il l’écrit à Sylvia Hamilton le 15 mai 1942* « Ce séjour en face du téléphone et le nez contre la frontière est un véritable supplice chinois  (…) ». En outre, il est alité, victime d’une cholécystite.

 

Visible sur demande, le film est estimé entre 30 000 et 50 000. Il est accompagné d'un livre d'or du bateau signé des deux époux. On y voit un dessin d’un petit homme accompagné d’une bulle disant: « Le Canada… j'y reviendrai. »

 

*Manon danseuse et autres textes inédits

NRF, Gallimard

ISBN 978-2-07-011929-5