L'ecrivain

Prix Femina & Book of the Month Club (1931)

Sélectionné pour les deux principaux prix littéraires français, Vol de nuit n’obtient pas le Goncourt mais Le Femina en décembre 1931. L’attribution du Prix Femina à un auteur considéré comme un dilettante en littérature et qui fait son fonds de commerce de son activité d’aviateur suscite des jalousies et des inimités.
 
Elles s’expriment avec violence dans la presse, si favorable au moment de la publication du livre. On reproche à l’auteur son mysticisme et un style précieux et compassé. On l’accuse de remplacer la fiction par le témoignage et de propager des idées dangereuses en faisant l’éloge du pouvoir autoritaire du chef à un moment où l’Allemagne est en train de se nazifier et où le fascisme naissant trouve des partisans en France aussi.
 
Mis à part l’amitié de quelques héros de l’air (Mermoz est un des premiers à le féliciter pour son Prix), Antoine de Saint-Exupéry est contesté avec la même irritation dans les milieux de l’aviation. Se rappelant ses étourderies et erreurs de pilotages, ses camardes pilotes s’offusquent de constater que l’auteur est devenu le plus réputé aviateur de France non pas pour des exploits professionnels mais porté par une gloire littéraire qui lui confère un aura immérité à leur sentiment.
 
Le public n’a cure de ces piques vénéneuses. Vol de nuit se vend à plus de 150 000 exemplaires et Jacques Guerlain sort un parfum nommé Vol de nuit. Aux États-Unis Night Flight est un best-seller et l’adaptation cinématographique confirme le succès de librairie. La traduction anglaise est élu Book of the Month Club, la plus grande distinction littéraire outre-Atlantique.
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Vol de nuit (1931)

Antoine de Saint-Exupéry commence la rédaction d’un nouveau livre à Buenos Aires. Nommé chef d’exploitation de la filiale de l’Aéropostale en Amérique du Sud, il vit en Argentine depuis octobre 1929. Il écrit en vol, au restaurant, dans des night-clubs, aux terrasses des cafés, sur ses genoux dans les halls d’hôtels des villes où il se rend pour les besoins de son poste. Lorsqu’il revient en France en février 1931, il a dans ses bagages le manuscrit de son roman Vol de nuit.

 

À Buenos Aires, il a rencontré Consuelo Suncin qu’il épouse le 22 avril 1931 à Nice. Le couple s’installe sur la Côte d’Azur et Tonio retravaille son manuscrit en le réduisant de moitié. Invité par Yvonne de Lestrange dans sa villa de la Côte, André Gide est enthousiasmé par sa lecture et propose d’écrire une préface.

 

Antoine de Saint-Exupéry remet le manuscrit de Vol de nuit à son éditeur en juin 1931, avant de repartir au Maroc où il a pour mission d’acheminer le courrier de Casablanca à Port-Etienne. Vol de nuit sort en librairies en octobre 1931 acclamé par la critique. Aux États-Unis, la version anglaise de Night Flight (sortie en 1932) intéresse la Metro Glodwyn Mayer qui envisage une adaptation cinématographique.

 

Les milieux littéraires parisiens

Saint-Exupéry reprend ses habitudes dans les milieux littéraires parisiens. Il se réveille tard, passe l’après-midi à écrire sur le coin d’une table aux Deux Magots et dîne le soir à la brasserie Lipp, souvent en compagnie de Léon-Paul Fargue ou d’André Beucler avec lesquels il finit la nuit au Bœuf sur le Toit. Il lit Marx mais à la différence d’André Gide et d’André Malraux, il reste circonspect à l’égard des communistes et du système politique soviétique. Pendant ces années, il a toujours dans sa poche un carnet. Après de longues discussions, ou à la suite de ses lectures, ou pour ne pas oublier des pensées surgies à l’improviste, il note pêle-mêle des impressions et réflexions à développer plus tard sur la politique, la religion, la morale, la création artistique, etc.

Courrier Sud (1929)

André Gide lit le manuscrit de Courrier Sud dont il parle dans des termes très élogieux à Jean Paulhan. L’écrivain suggère à Jean Paulhan de publier les bonnes feuilles dans La Nouvelle Revue Française dont il a pris la direction depuis le décès de Jacques Rivière en 1925.

 

En février 1929, Gaston Gallimard propose au jeune auteur un contrat pour Courrier Sud qui doit lui faire oublier les promesses d’autrefois concernant Manon danseuse (qui ne sera publié qu’en 2007). À la sollicitation de Gaston Gallimard, André Beucler, auteur de la maison qui jouit déjà d’une petite notoriété, écrit une préface. Dans cette introduction, il est question uniquement de la qualité d’aviateur d’Antoine de Saint-Exupéry et nullement de la valeur littéraire de l’ouvrage (ce qu’il regrettera par la suite). Antoine de Saint-Exupéry corrige les épreuves de son livre à Brest, où il suit des cours de navigation depuis son retour de Cap Juby.

 

Courrier Sud sort en librairies en juillet 1929. Jean Prévost fait une critique très élogieuse dans la N. R. F. Edmond Jaloux dans Les Nouvelles littéraires est plus réservé, faisant remarquer que l’intrigue amoureuse manque d’épaisseur. Yvonne de Lestrange fait part à son cousin de l’intérêt suscité par son roman dans les milieux littéraires et de la proposition de Gaston Gallimard de signer un nouveau contrat pour son prochain livre.

L'aviateur (1926)

Au début des années 1920, Antoine de Saint-Exupéry semble avoir pour la première fois envie d’écrire une œuvre littéraire dans le vrai sens du mot. Sous le coup de la rupture de ses fiançailles avec Louise de Vilmorin en 1923, il commence la rédaction d’un texte. Son histoire fait l’apologie de l’aviateur qui met en danger sa vie pour accéder à des vérités plus fortes que celles de la morale commune, bourgeoise. Il l’intitule L’Évasion de Jacques Bernis.
 
À la même époque, dans une lettre à sa mère, il parle d’un conte qui pourrait être publié par la Nouvelle Revue Française. S’agit-il de Manon danseuse, premier texte qu’il considère suffisamment abouti pour le montrer dès 1925 à certains de ses amis? Sa correspondance laisse supposer qu’il commence plusieurs récits et nouvelles.
 
Dans le salon de sa parente Yvonne de Lestrange, il côtoie les écrivains les plus illustres et rencontre Jean Prévost. Il est critique littéraire à la Nouvelle Revue Française dont André Gide, Gaston Gallimard et Jean Schlumberger, les principales figures de la revue,fréquentent aussi le salon. Enthousiasmé par ses expériences de pilotage, Saint-Exupéry captive Prévost par le récit de ses aventures dans les airs. Il lui parle de L’Évasion de Jacques Bernis dont il remet les feuillets à Prévost curieux de les lire. Les rédacteurs de la N. R. F. décident de confier le texte à une autre revue à laquelle ils sont liés et dont Jean Prévost est secrétaire de rédaction : Le Navire d’argent. La revue littérature en publie un extrait en avril 1926, sous le titre L’Aviateur.
 
Gaston Gallimard lit Manon, danseuse et L’Aviateur à la recommandation de Jacques Rivière, directeur de la N. R. F. Peut-être pour être agréable à son amie Yvonne de Lestrange si bien introduite dans les milieux mondains, il propose au jeune auteur de publier ces textes dans un recueil de quatre nouvelles et l’encourage à écrire les deux autres. Le projet reste sans suite, de même que celui de la revue Europe qui avait pourtant annoncé la publication d’un texte d’Antoine de Saint-Exupéry.

Les lettres

Les signes d’une vocation littéraire naissante d’Antoine de Saint-Exupéry se manifestent également dans ses lettres. Enfant, il entame une correspondance avec sa mère puis avec ses amis.

 

La correspondance épistolaire régulière avec sa mère, la comtesse Marie de Saint-Exupéry dévoile la relation intime entre un fils et sa mère, correspondance sans fard, qui révèle la nature profonde d’un homme hors du commun. La première lettre date de 1910 ; Antoine et son frère François sont écoliers au collège de jésuites Notre-Dame de Sainte-Croix du Mans (Sarthe). La dernière, aurait été écrite en juillet 1944, quelques jours avant sa disparition.

 

Fidèle en amitié, Saint-Exupéry entretient les relations avec ses copains d’écoles et avec de jeunes filles comme Renée de Saussine. Ses lettres sont souvent illustrées de petits dessins. Entre les lignes, ces correspondances permet d’assister aux grands événements qui ont marqué la 1ère moitié du XXe  siècle, de suivre l’histoire de la littérature et de l’aviation.  Entre deux lignes qui rendent compte de la vie de tous les jours, dans le récit d’un événement anodin, apparaissent soudains des descriptions étonnantes, des réflexions morales profondes, des portraits brossés en quelques mots et surprenant de justesse.

Les références littéraires

Les premières lectures d’Antoine de Saint-Exupéry remontent à l’enfance. À l’heure du coucher, sa mère raconte des histoires saintes et lit des contes à ses enfants. Pour son sixième anniversaire, elle offre à Antoine Histoires vécues, un livre illustré sur la forêt vierge montrant un boa avalant un fauve. Puis, elle lui apprend à déchiffrer les lettres. Vers 13 ans, bon en latin, il traduit en cachette Jules César pour savoir comment fonctionnent les machines de guerre romaines.

 

Jeune homme, il lit beaucoup, notamment les romans de Dostoïevski. Il vénère Baudelaire et apprend par cœur l’œuvre de Leconte de Lisle, Heredia et Mallarmé « à ma honte », dira-t-il plus tard. À 19 ans, il est enthousiasmé par le poète symboliste Albert Samain (1858-1900) notamment par Le Chariot d’or et goute les sonnets d’Henri de Régnier (1864-1936). Pendant ses études à Fribourg, il rejoint la troupe de théâtre de l’école et joue Diafoirus dans le Malade imaginaire de Molière. Son baccalauréat en poche, il poursuit ses études à Paris et se rend au théâtre, parfois à l’opéra. Il voit La Vierge folle d’Henry Bataille « une pièce extraordinairement poignante ». Il considère Henry Bataille (1872-1922) « un grand génie du théâtre » et admire tout autant Henri Bernstein (1876-1953). Au théâtre des Champs Elysées, il assiste avec Henri de Ségogne à Quo Vadis ? d’après le roman historique de Henryk Sienkiewicz. Pour gagner un peu d'argent, il trouve même un rôle de figurant au Châtelet.

Les poèmes

Les premières tentatives littéraires d’Antoine de Saint-Exupéry datent de ses années de collégien à Notre-Dame de Sainte-Croix du Mans. Amusé par le  jeu de rimes, il compose de petits poèmes maladroits qui témoignent de sa facilité à manipuler la langue. C’est aussi une façon convenable d’exprimer ses sentiments aux jeunes filles qu’il rencontre. Son activité littéraire dilettante continue de plus belle pendant les années de service militaire à Strasbourg, puis à Casablanca. Et c’est toujours avec des poèmes d’amour qu’il pense impressionner sa future fiancée, Louise de Vilmorin.

 

Son baptême de l’air

Au cours des vacances d’été 1912, encore sous le coup de l’émotion de son baptême de l’air, il compose un poème qu’il se hâte de montrer à l’abbé Margotta, un de ses professeurs du Mans.

Les ailes frémissaient sous le souffle du soir,

Le moteur de son chant berçait l’âme endormie

 

L'Écho de Troisième

En 1913, il a l’idée avec certains de ses camarades de faire un journal pour lequel il s’engage à assurer l’éditorial et la page poésie. Conçu d’après le modèle des quotidiens de l’époque, illustré de dessins et de caricatures, L'Écho de Troisième publie des romans en feuilleton, des articles sportifs, des faits divers et même des recettes de cuisine et des petites annonces consacrées principalement à la vie de l’école. Après le premier numéro, la direction décourage les rédacteurs à continuer.

 

L'Odyssée d'un chapeau haut de forme

À 14 ans, il remporte son premier succès littéraire. Pour un devoir de français, il rédige un récit fantastique intituléL'Odyssée d'un chapeau haut de forme, où il est question d’un haut-de-forme qui, après avoir connu la gloire parisienne finit sur la tête d’un roi nègre. Prix de meilleure composition française de l’année, ce travail scolaire est noté 12/20 : le professeur déplore les trop nombreuses fautes d’orthographe et un style « parfois trop lourd ».

 

Le Parapluie

Adolescent, il écrit le livret d’une opérette Le Parapluie avec l’espoir que son professeur de piano à Lyon, Anne-Marie Poncet, compose la partition.

 

Ballade du petit bureau

Une fois, il se sert de ses dispositions littéraires pour réagir à une punition au cours de sa préparation au concours de Navale. Antoine de Saint-Exupéry et Henri de Ségogne sont les deux élèves privilégiés a disposer d’un bureau à eux alors que les autres élèves du lycée Bossuet partagent une place à une table commune. Un jour, l’abbé Genevois le prive de son bureau à cause du désordre qui y règne constamment. Saint-Exupéry rédige au tableau, en termes badins, une ballade qui se termine par un quatrain. Henri de Ségogne copie le poème, le montre à l’abbé Genevois et Saint-Exupéry retrouve son bureau.

 

Prince, qui par un geste inique,

Êtes devenu son bourreau,

Daignez, touché pas sa supplique,

Me rendre mon petit bureau.

 

L’Adieu

À 19 ans, sous le titre général l’Adieu, il compose cinq poésies sur un cahier. Sur la première  page il a dessiné un autoportrait et noté deux vers en exergue de François Coppé et Henri Barbusse. Chaque page poésie est composée avec soin et décoré de motifs à l’encre de chine.

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