André Gide (1869 – 1951)

André Gide (1869 – 1951)

Mondain et toujours à la recherche de nouveaux talents et de nouveaux disciples, André Gide fréquente les salons parisiens dont celui d’Yvonne de Lestrange qui l’invite aussi, dans son château de Chitré. Elle lui recommande chaleureusement son cousin Antoine de Saint-Exupéry qui s’essaye à l’écriture.

 

Leur amitié naissante inquiète Marie de Saint-Exupéry qui ne trouve pas fréquentable cet auteur de mauvaise réputation. À plusieurs reprises dans ses lettres, Antoine doit le défendre auprès de sa mère. Maître à penser des nouvelles générations dans les années 1920, André Gide a acquit un grand prestige et c’est sous son autorité que se place le groupe de jeunes qui fait publier la Nouvelle Revue Française par Gaston Gallimard en 1908.

 

Saint-Exupéry n’ignore pas l’influence d’André Gide dans les milieux littéraires, en sorte qu’il lui soumet son premier manuscrit Courrier Sud. Deux ans plus tard, de retour d’Argentine, Saint-Exupéry lui donne à lire son deuxième manuscrit Vol de nuit pour lequel André Gide propose d’écrire une préface. Saint-Exupéry lui raconte l’histoire d’Henri Guillaumet dont l’avion s’est écrasé dans les Andes en plein hiver austral, son combat pour survivre et sa marche jusqu’à un endroit habité. Gide est impressionné autant par l’aventure de Guillaumet que par le récit et encourage Saint-Exupéry à l’écrire. Ce sera un premier pas vers son prochain livre, Terre des hommes.

« Après ses deux premiers romans, je m’étais hasardé à lui dire : « Pourquoi n’écririez-vous pas quelque chose qui ne serait pas un récit continu, mais une sorte de.. ». Ici j’hésitais : « ... enfin comme un bouquet, une gerbe, sans tenir compte des lieux et du temps, le groupement en divers chapitres des sensations, des émotions, des réflexions de l’aviateur (…)’ » explique ainsi Gide, selon Georges Pélissier.

 

 

Yvonne de Lestrange invite à Chitré son cousin Antoine et André Gide en août 1938. André Gide raconte son séjour à son amie Elisabeth Van Rysselberghe qui note dans ses Cahiers :

« Il [André Gide] me parle de Saint-Exupéry qui était à Chitré, avec une grande admiration et comme d’un être d’une intelligence extraordinaire et d’un esprit d’invention prodigieux… Il fait aussi des tours de cartes d’une habileté inexplicable, que du reste il se refuse à expliquer, c’est à croire qu’il a double vue… »

 

Attelé à l’écriture de Terre des hommes, Saint-Exupéry présente des fragments à André Gide qui lui suggère de changer l’ordre des chapitres. Il lui procure un volume de Joseph Conrad Le Miroir de la mer pour lui prouver qu’on peut faire un bon livre avec des éléments disparates.

 

Réfugié en Tunisie en 1942, André Gide se rend à Alger après la libération de l’Afrique du Nord. Il habite chez Anne Heurgon-Desjardins, une grande maison où il croise d’autres invités tels qu’André Maurois (revenu des États-Unis), Albert Camus, Jean Amrouche, Max-Pol Fouchet et, en 1943, Antoine de Saint-Exupéry. Gide et Saint-Exupéry jouent aux échecs, mais Max-Pol Fouchet surprend Gide en train de tricher, essayant ainsi de gagner au moins une partie contre ce redoutable adversaire.

 

Quelques jours avant sa disparition en juillet 1944, Antoine de Saint-Exupéry propose à André Gide de l’amener faire un tour en avion mais Gide, prudent, prend prétexte d’une mauvaise toux qui le tracasse et refuse.