Articles & Reportages

Aventures et Escales (1938)

 

En 1938, Saint-Exupéry est un écrivain célèbre, récompensé du prix Femina et auteur de grands reportages sur la Russie et l’Espagne publié dans le quotidien Paris-Soir. Il est aussi un pilote expérimenté, connu pour ses raids, compagnon de Mermoz et Guillaumet. Sa notoriété est telle, que Paris-Soir décide de proposer à ses lecteurs « un grand récit vécu » de l’écrivain aviateur. Sous le titre Aventures et Escales, une série de six articles sont publiés dans Paris-Soir du 8 au 15 novembre 1938.

 

Deux semaines durant, les lecteurs de Paris-Soir suivent les souvenirs de Saint-Exupéry publiés en page 4 du journal et accompagnés de photographies. Il raconte ses débuts dans la compagnie Latécoère, future Aéropostale et se remémore son séjour en tant que chef d’escale à Cap Juby, en plein désert mauritanien. Au-delà de l’anecdote et du pittoresque, il fait l’éloge d’un métier, celui de pilote, et d’un outil, l’avion. Ils permettent aux hommes de découvrir le vrai visage de notre planète et d’établir des liens essentiels entre eux et avec la terre. Saint-Exupéry reprendra certains de ces articles pour les faire figurer, après quelques remaniements, dans son livre Terre des hommes, publié en 1939.

Aventures et Escales, 1. Dans la nuit glacée je fais ma veillée d’arme, dans Paris-Soir, 8 novembre 1938

Saint-Exupéry évoque ses débuts de pilote chez Latécoère : sa première mission, le réveil avant l’aube, le voyage dans le car jusqu’à l’aéroport, les mots simples qui annoncent la disparition d’un camarade, un accident ordinaire après tout. Ce métier dangereux et incertain permet à ceux qui le pratiquent de s’échapper de « la carapace de glaise endurcie du bureaucrate ». Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre I La Ligne.

 

Aventures et Escales, 2. Néri et moi, nous sommes perdus sur la mer, dans Paris-Soir, 9 novembre 193

Le pilote Saint-Exupéry et le radio Jacques Néri s’égarent au-dessus de la mer. À quelle distance du rivage sont-ils ? Le combustible sera-t-il suffisant pour arriver à destination ou au moins au-dessus de la terre ferme pour tenter un atterrissage ? Tout en essayant de se repérer, Saint-Exupéry rêve du repas qu’il prendra au petit matin à Casablanca. Dieu merci, il aperçoit la côte, et la TFF lui fait savoir que le réservoir de son appareil est plus grand que d’ordinaire : il a suffisamment d’essence pour arriver à Villa Cisneros. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre I La Ligne dans le second souvenir.

 

Aventures et Escales, 3. Trois équipages dans la nuit chantaient, dans Paris-Soir, 10 novembre 1938

La mort d’un camarade est annoncée par des mots simples. La grandeur d’un métier est d’unir les hommes et de leur donner un langage commun. C’est encore plus vrai dans le cas des pilotes qui risquent leur vie quotidiennement. Voilà trois équipages en danger de mort au Sahara. Le premier est tombé en panne, celui venu le secourir aussi. Saint-Exupéry arrive avec un troisième avion. Faute de pouvoir réparer un des deux avions, ils doivent tous passer la nuit dans le désert, sous la menace des tribus dissidentes qui ont déjà massacré des camarades. Le danger rapproche les hommes, crée des liens. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre II « Les camarades » sans les trois 1ers paragraphes.

 

Aventures et Escales, 4. Depuis l’origine du monde, personne jamais n’avait marché là…, dans Paris-Soir, 11 novembre 1938

L’avion est un outil particulier parce qu’il nous fait découvrir le vrai visage de la terre. Les routes épousent les besoins des hommes. L’avion nous apprend la ligne droite. Sur un plateau inaccessible du Sahara occidental où il s’était posé, Saint-Exupéry se réjouit de fouler un sable qu’aucun homme n’avait touché avant lui. Et comme une nappe tendue sous un pommier ne peut recevoir que des pommes, cette terre tendue sous les étoiles ne pouvait recevoir que de la poussière d’étoiles. Il ramasse des pierres, certainement des météorites. Comment faut-il considérer l’homme confronté à l’immensité de l’univers ? Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre III L’avion et du chapitre IV L’avion et la planète.

 

Aventures et Escales, 5. La magie du désert c’est ça, dans Paris-Soir, 14 novembre 1938

Le désert est le contraire de notre agitation quotidienne. Il nous apprend à mieux sentir l’écoulement du temps. Il nous apprend que sa beauté est une fontaine que l’on désire parce qu’elle est la vie. Il en va de même pour notre âme qui institue les choses par l’amour. Saint-Exupéry raconte sa rencontre avec un sergent qui vit seul dans un fortin isolé. Il reçoit des vivres tous les six mois et il attend avec ferveur cette rencontre. Il rêve d’une « cousine » de Tunis qu’il ne reverra sans doute jamais, mais qui donne du sens à son attente. De même, la fontaine embellit le désert par le simple fait qu’elle est là, quelque part, un repère pour le désir. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Dans le désert ».

 

Aventures et Escales, 6. L’arbre, dans Paris-Soir, 15 novembre 1938

Des chefs berbères restent indifférents à la civilisation industrielle qu’ils viennent de découvrir lors d’un séjour en France. La locomotive est admirable mais l’arbre est autrement plus compliqué : « essayez donc de fabriquer un arbre ! » Le Dieu des Français a été plus généreux que celui des Maures avec son peuple. Il leur a donné l’eau qui, au Sahara, est un bien précieux. Dans le désert où survivre est un combat perpétuel, les vertus des hommes sont différentes. Tuer ses ennemis fait partie des règles d’une civilisation orgueilleuse et rude. Cet article dans l’article Souvenirs de Mauritanie, paru dans Marianne n°77du 11 avril 1934 et dans Air France Revue n°2 en 1935.

Déjà je baignais dans l’embrun, je mordais déjà, pilote de ligne, à la pulpe amère des nuits de vol. (I)

 

Maintenant la glaise dont tu es formé a séché, et s’est durcie, et nul en toi ne saurait désormais réveiller le musicien endormi, ou le poète, ou l’astronome qui, peut-être, t’habitait d’abord. (I)

 

Ainsi, les nécessités qu’impose un métier transforment et enrichissent le monde. (II)

 

Seul au milieu d’un vaste tribunal qu’un ciel de tempête lui compose, ce pilote dispute son courrier à trois divinités élémentaires, la montagne, la mer et l’orage. (II)

 

Il s’agit de juger non la règle, mais l’homme qui la fonde. (II)

 

La grandeur d’un métier est, avant tout d’unir les hommes et de leur façonner un langage commun. (III)

 

En travaillant pour les biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. (III)

 

Transporter du courrier, transporter de la voix, transporter des images, nos plus grandes réussites n’ont qu’une direction, celle qui a toujours tourmenté l’homme. C’est contre l’espace et contre le temps que nous luttons toujours. (IV)

 

Le Sahara c’est en nous qu’il se montre. L’aborder ce n’est point visiter l’oasis, c’est faire notre religion d’une fontaine. (V)

 

Le désert pour nous ? C’était ce qui naissait en nous. Ce que nous apprenions sur nous-mêmes. (V)

 

Ce n’est point la locomotive qui est admirable mais l’arbre. Un arbre, tout compte fait, est autrement perfectionné qu’une locomotive. Essayez donc de fabriquer un arbre ! (VI)

Antoine de Saint-Exupéry : Souvenirs de Mauritanie,dans Marianne n°77, 11 avril 1934

 

Antoine de Saint-Exupéry : Souvenirs de Mauritanie, dans Air France Revue n°2 en 1935

 

Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes, Gallimard, 1939

 

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

La Paix ou la Guerre ?(1938)

 

En octobre 1938, Antoine de Saint-Exupéry écrit trois articles regroupés sous le titre général La Paix ou la Guerre ? Publiés dans le journal populaire Paris-Soir, les articles font référence aux Accords de Munich qui viennent d’être signés. Le choix est dramatique : pour défendre un pays allié, la France doit-elle faire la guerre à l’Allemagne nazie ?

 

Les Accords de Munich sont signés dans la nuit du 29 au 30 septembre 1938 entre l’Allemagne, la France, le Royaume-Uni et l’Italie. Les représentant de ces pays, Adolf Hitler, Edouard Daladier, Neville Chamberlain et Benito Mussolini accordent à Hitler d’occuper la région des Sudètes, partie intégrante de la Tchécoslovaquie. En favorisant les prétentions territoriales de l’Allemagne nazie, la signature des Accords de Munich suscite des commentaires animés. Les uns se félicitent d’une paix qu’ils espèrent durables. D’autres reprochent aux dirigeants occidentaux de trahir un pays ami et d’encourager Hitler à aller plus loin.

 

Les grands écrivains de l’époque considèrent de leur devoir d’intervenir dans le débat. Dans un article intitulé Il ne faut pas compter sur nous  publié par La NRF, Jean Paulhan se fait le porte-parole des ceux qui voudraient se tenir en dehors de la politique. Roger Martin du Gard, qui vient de recevoir le Prix Nobel de littérature, est submergé de lettres : les combattants de la Première Guerre qui ont lu ses pages poignantes sur les horreurs des tranchées comptent sur lui pour empêcher un nouveau massacre. Romain Rolland signe un télégramme collectif adressé aux premiers ministres anglais et français les conjurant de s’opposer, fût-ce par la force, aux agressions d’Hitler. Un autre télégramme lui fait pièce aussitôt : tout vaut mieux que la guerre. Parmi les signataires, il y a Alain et Jean Giono, qui ont fait la guerre et en connaissent les atrocités. Blessé par des éclats d’obus, Henry de Montherlant considère la guerre inévitable et appelle les intellectuels à faire front commun contre l’ennemi. Il est  soutenu par François Mauriac, Jules Romain, Georges Bernanos, André Malraux et Louis Aragon.

La Paix ou la Guerre ? (1) Homme de guerre, qui es-tu ? dans Paris-Soir, 2 octobre 1938

Ceux qui attendaient des nouvelles de Munich, savaient qu’une confrontation militaire signifierait l’écroulement de l’Europe. Ce n’est pas en rappelant les horreurs de la guerre, connues depuis toujours, que nous pourrons l’éviter. Saint-Exupéry propose d’abolir les différences, de dépasser un langage qui divise. Derrière le langage de ceux qui justifient la guerre par des intérêts divergents, il faut chercher le but commun pour unir ceux qui semblent aujourd’hui divisés. Il ne faut pas se laisser aveugler par les idéologies et regarder les hommes vivre.

 

La Paix ou la Guerre ? (2) Dans la nuit, les voix ennemies d’une tranchée à l’autre s’appellent et se répondent, dans Paris-Soir, 3 octobre 1938

Saint-Exupéry relate une expérience vécue pendant la guerre d’Espagne. Des hommes s’équipent en vue d’une patrouille. En face, d’autres hommes font de même, prêts à mourir eux aussi « pour la vérité, la justice et l’amour des hommes ». Un commissaire raconte qu’il lui arrive de parler avec ceux d’en face. Une sentinelle confirme : oui, ceux d’en face répondent. Ils appellent « Antonio » en se penchant quand même pour éviter les balles. On lui demande pour quelle cause il se bat. Des vérités graves passent à travers ces hommes, qu’un même esprit habite. Avant de repartir, la patrouille souhaite bonne nuit « amigo », à celui qui, en face, redevient un ennemi.

 

La Paix ou la Guerre ? (3) Il faut donner un sens à la vie des hommes, dans Paris-Soir, 4 octobre 1938

Ses reportages en Espagne durant la guerre et le temps passé comme chef d’escale dans le Sud marocain amène Saint-Exupéry à plusieurs réflexions sur les hommes. Ce qui divise les hommes, ce ne sont pas les buts mais les méthodes. La solution du problème se trouve dans l’horizon que chacun offre à sa propre vie. La civilisation industrielle a arraché les hommes à leur culture paysanne sans rien leur offrir en échange. Ils ont perdu leur dignité et ne peuvent plus transmettre un héritage d’une génération à l’autre. Les hommes s’affrontent. Ce qui les unit, c’est le but, un dieu qui ressemble à la voûte d’une cathédrale. En donnant à chaque brique une place dans l’ensemble de l’architecture, on donne un sens à toutes les briques. Il faut marcher ensemble dans la même direction.

Pour guérir un malaise, il faut l’éclairer.

 

La guerre est absurde. Il faut cependant choisir un camp. Mais il me semble que d’abord est absurde un langage qui oblige les hommes à se contredire.

 

Quand l’homme forge un concept nouveau, alors seulement il se délivre.

 

La vérité est ce qui simplifie le monde, et non ce qui crée le chaos. 

 

Seule la vie tire ses matériaux du sol, et, contre la pesanteur, les élèves.

 

Tous, sous les mots contradictoires, nous exprimons le même élan. Dignité des hommes, pain de nos frères. Nous nous divisons sur les méthodes qui sont des fruits de nos raisonnements, non sur les buts.

 

La vérité, pour l’homme, c’est ce qui fait de lui un homme.

 

Le don de soi, le risque, la fidélité jusqu’à la mort, voilà des exercices qui ont largement contribué à fonder la noblesse de l’homme.

 

La nostalgie, c’est le désir d’on ne sait quoi. Il existe, l’objet du désir, mais il n’est point de mots pour le dire.

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

 

Patrick Eveno : Les grands articles qui ont fait l’histoire, Champs classiques Flammarion, 2011

Reportages sur la guerre d’Espagne (1936-1937)

Les reportages d’Antoine de Saint-Exupéry sur la guerre d’Espagne sont le fruit de deux voyages entrepris en 1936 et en 1937. En août 1936, le journal L’Intransigeant l’envoie à Barcelone et publie une série de cinq articles sur le thème L’Espagne ensanglantée. En mai 1937, c’est le journal Paris-Soir qui l’envoie à Madrid où l’assaut des troupes nationalistes a échoué. Celles-ci changent de stratégie et abandonnent la capitale pour s’occuper d’autres poches de résistance républicaines. Dans la ville, la défense s’organise en vue des prochaines attaques. Saint-Exupéry se rend sur le front de Carabancel tenu par les Républicains. De retour en France, le journal publie trois articles sur Madrid en juin 1937. Celui du 26 juin 1937 est illustré de la photographie Mort d'un soldat républicain de Robert Cappa aujourd’hui symbole de la guerre d’Espagne.

 

Dans ses articles, Antoine de Saint-Exupéry ne prend pas parti dans une guerre civile dont les enjeux ne semblent pas l’intéresser. Bien qu’il n’ait visité que le camp républicain, il n’est pas engagé dans le débat politique. Ces expériences de reporter de guerre l’amènent à interroger ses sensations cueillies sur le vif et à nourrir un propos moral. Devant l’inhumanité de la guerre, qui transforme les individus en masse, il est choqué par la logique militaire qui sacrifie les hommes sans raison. Il remarque l’héroïsme de gens ordinaires qui trouvent leur nature profonde, confronté au danger de mort.

Espagne ensanglantée (1) :A Barcelone, l’invisible frontière de la guerre civile dansL’Intransigeant, 12 août 1936

Saint-Exupéry vole vers l’Espagne. Vu d’en haut, rien ne laisse supposer qu’à Figueras il y a eu des luttes, des exécutions, des saccage d’églises et des livres de prières brûlés. L’avion survole Gérone puis Barcelone. Dans la ville qu’il traverse à pied, il voit des bâtiments brûlés et des centaines de morts. Assis à la terrasse d’un café, il assiste à l’arrestation d’un supposé fasciste ; il sera fusillé un peu plus loin.

 

Espagne ensanglantée (2) Mœurs des anarchistes et scènes de rue à Barcelone, dansL’Intransigeant, 13 août 1936

Les anarchistes tiennent la ville. Dès qu’ils ont appris le soulèvement  militaire, ils ont chargé au couteau des canonniers appuyés par des mitrailleurs. La victoire acquise, ils ont saisi les armes et transformé la ville en fortin. Ils se méfient du gouvernement républicain autant que des fascistes. Dans la confusion la plus totale, un gars a dénoncé un fasciste qui a été fusillé. On apprend qu’il ne l’était pas vraiment ; on fusille aussi celui qui l’avait dénoncé.

 

Espagne ensanglantée (3) Une guerre civile, ce n’est point une guerre, mais une maladie, dansL’Intransigeant, 14 août 1936

Dans une gare des troupes chargent des munitions en silence. Ils ne montent pas à l’assaut dans l’ivresse de la conquête, mais luttent sourdement contre une contagion : « Une foi neuve est semblable à la peste. Elle attaque par l’intérieur. » Les anarchistes, les communistes, les fascistes se ressemblent, vivent la même vie dans la même ville.

 

Espagne ensanglantée (4) A la recherche de la guerre, dansL’Intransigeant, 16 août 1936

À proximité du front, la ville de Lérida semble calme. Mais ceux qui oublient de fermer les volets avant d’allumer, ont les vitres brisées par un coup de fusil qui leur rappelle la consigne. La ligne de front est floue, on ne sait pas où sont les rebelles, qui contrôle quoi. Une fille de Barcelone, communiste, est venue lutter sur le front. Elle envisage de s’établir ici après la guerre : la vie à la campagne lui plaît. Le village d’en face est tenu par les ennemis. La guerre véritable ne se déroule pas ici, elle est dans la pensée : « c’est elle le grand espoir et le grand ennemi ».

 

Espagne ensanglantée (5) On fusille ici comme on déboise…. Et les hommes ne se respectent plus les uns les autres, dansL’Intransigeant, 19 août 1936

Saint-Exupéry arrive dans un village de montagne. Des fascistes, le curé, sa bonne, le sacristain et des petits notables ont été fusillés. Pépin, socialiste français chargé d’une mission humanitaire, tente de sauver des compatriotes religieux. Sur la route on entend une fusillade puis le calme revient. Des gens sont morts mais autour la vie continue. De retour à Barcelone, il passe à côté de maisons ravagées comme des termitières. Mais nous ne sommes pas des termites.

 

Madrid, Défense de Madrid, dans Paris-Soir, 27 juin 1937

Conduit par un lieutenant, Saint-Exupéry se rend en première ligne la nuit. Toutes les deux minutes un obus passe au-dessus de leurs têtes vers Madrid que l’on distingue à peine sous l’éclat de la lune. L’après-midi, il avait vu un de ces obus tuer une jeune fille. Ces représailles sont absurdes, il n’y a pas d’intérêt militaire à ces bombardements. Au contraire, à chaque coup de canon la résistance se renforce : « un forgeron géant forge Madrid ».

 

Madrid, La guerre sur le front de Carabancel, dans Paris-Soir, 28 juin 1937

Saint-Exupéry et son guide avancent vers les premières lignes de Carabancel. On prépare une attaque pour le lendemain, avec l’espoir de gagner une trentaine de maisons du village. Ils sont une dizaine à veiller. On boit, on raconte des histoires drôles, on joue aux échecs. Puis l’heure venue, ils boucleront leur ceinturon « et ils se jetteront dans les étoiles ».

 

Madrid, Hep ! Sergent ! Pourquoi es-tu parti ?dans Paris-Soir, 3 juillet 1937

L’attaque qui aurait fait reculer les canons a été décommandée. Au lever du jour la vie ordinaire reprend. Le sergent qui devait partir en premier dort encore. Il ne sait pas que l’attaque a été décommandée. À son réveil, on lui offre la vie, comme la grâce à un condamné à mort. Pourquoi cet homme accepte-t-il de mourir ? Dans l’épreuve, l’homme écoute l’appel d’une vérité souveraine. Celui qui a découvert ce qui est grand et transcendant en lui, n’a plus peur de mourir. Sa vie est remplie de sens, elle s’est accomplie.

En guerre civile, l’ennemi est intérieur, on se bat presque contre soi-même.

 

C’est bien le miracle de l’espèce humaine qu’il ne soit ni douleur ni passion qui ne rayonne et qui ne prenne une importance universelle.

 

La frontière, dans la guerre civile, est invisible et passe par le cœur de l’homme.

 

Une guerre civile, ce n’est point une guerre, mais une maladie.

 

Une foi neuve est semblable à la peste. Elle attaque par l’intérieur. 

 

Chaque individu est un miracle.

 

Tout continue autour des morts.

 

Les événements humains ont sans doute deux faces. Une face de drame et une face d’indifférence. Tout change selon qu’il s’agit de l’individu ou de l’espèce. Dans ses migrations, dans ses mouvements impérieux, l’espèce oublie ses morts.

 

Mais la grandeur de l’homme n’est pas faite de la seule destinée de l’espèce. Chaque individu est un empire. 

 

Nous sommes des hommes. Pour nous ne jouent pas les lois du nombre ni de l’espace.

 

Madrid ressemble à un navire en haute mer. Madrid, blanche sur les eaux noires de la nuit. Une cité dure plus que les hommes : Madrid est chargée d’émigrants, et les passe d’un bord à l’autre de la vie. Elle porte une génération. Elle navigue, lente, à travers les siècles. Hommes, femmes, enfants la remplissent, de ses mansardes à ses soutes. Ils attendent, résignés ou grelottant de peur, enfermés dans le vaisseau de pierre. On torpille un vaisseau chargé de femmes et d’enfants. On veut couler Madrid comme un navire.

 

Un bombardement, m’a-t-il semblé, ne disperse pas : il unifie. L’horreur fait serrer les poings et l’on se rejoint dans la même horreur.

 

Voilà qu’il est délivré de sa gangue, le seigneur endormi que tu abritais : l’homme.

Brusquement tu as découvert, à la faveur de l’épreuve nocturne qui t’a dépouillé de tout l’accessoire, un personnage qui vient de toi et que tu ne connaissait point. Tu le découvres grand et ne sauras plus l’oublier. Et c’est toi-même.

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

 

Olivier Odaert : Saint-Exupéry et l'Espagne ensanglantée : vers un engagement humaniste, dans Aden n° 7, octobre 2008, p. 267 à 283

Le Vol brisé, Prison de sable (1936)

 

Antoine de Saint-Exupéry réserve à L’Intransigeant l’exclusivité de son raid Paris-Saigon. Regroupés sous le titre Le Vol brisé, Prison de sable, six articles sont annoncés en première page et tiennent en haleine les lecteurs du journal à grand tirage. Son expérience dans le désert lui donne une matière romanesque où ses idées se manifestent avec éclat.

 

À cette époque, Saint-Exupéry a un besoin irrépressible de sensations fortes. Les temps glorieux de l’aviation postale sont derrière lui. Il est désoeuvré, insatisfait de sa situation professionnelle et conjugale, il se cherche de nouvelles activités pour se détourner de lui même. L’époque est aux raids aériens et le Paris-Saigon s’inscrit dans le cadre d’un concours du ministère de l’Air doté d’un prix de 150.000 francs. Une occasion se présentait à lui de se confronter aux éléments, de retrouver ce contact à la terre, source de naissance et de fraternité. Le 29 décembre 1935, accompagné d’André Prévot, il décolle du Bourget, décidé à battre le record d’André Japy sur ce raid. Dans la nuit du 30 décembre, l’avion percute un plateau et s’arrête dans le désert à quelques kilomètres du Caire. Saint-Exupéry et Prévot passent trois jours et quatre nuits dans le désert…

 

Le reportage de son aventure vendu à L’Intransigeant doit être publié sans délai. Le lecteur a la mémoire courte, même si l’annonce de son accident et le suspense lié au sauvetage a fait un mois plus tôt grand bruit dans la presse quotidienne nationale. Pressé par le temps, Saint-Exupéry noircit des pages. Dans un premier jet d’écriture, il intitule un passage « Au centre du désert », un épisode décisif de sa vie. Il va droit au récit, développe sans mal les parties dialoguées, trouve tout de suite le ton juste et le bon rythme. Puis, il remanie son texte pour la parution en articles. Ces pages, parmi les plus belles de son œuvre, seront reprises dans Terre des hommesformant après quelques variantes le chapitre VII « Au centre du désert ». 

Le vol brisé, Prison de sable (1) : Un avertissement du destin, dans L’Intransigeant, 30 janvier 1936

Ce premier article débute le récit du raid paris-Saigon le 29 décembre 1935 à l’aéroport du Bourget. S’en suit le décollage et un moment de vol sans histoire et la première escale à Tunis. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie I mais réduit de moitié.

 

Le vol brisé, Prison de sable (2) : Soudain un formidable craquement, dans L’Intransigeant, 31 janvier 1936

Saint-Exupéry et Prévot poursuivent leur vol alors que  la nuit tombe. Ils font escale à Benghazi plongée dans la nuit noire puis repartent en direction du Caire jusqu’à « ce formidable craquement ». Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie II avec des allégements.

 

Le vol brisé, Prison de sable (3) : La Soif, dansL’Intransigeant, 1er février 1936

L’avion s’est brisé dans le désert, le pilote et le mécanicien sont vivants. Ils décident d’attendre le jour dans la cabine de l’appareil. Le lendemain, ils marchent six heure font 35km avant de rebrousser chemin vers l’avion. Commencent la survie. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie III et IV, divisé en deux pour constituer les troisième et quatrième parties.

 

Le vol brisé, Prison de sable (4) : Le délire, dansL’Intransigeant, 2 février 1936

Les deux hommes sont prisonniers du désert. Ils n’entendent aucun avion parti à leur recherche. La soif, les vertiges, Saint-Exupéry « s’invente » des mirages. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie V.

 

Le vol brisé, Prison de sable (5) : Le supplice du troisième jour, dans L’Intransigeant, 3 février 1936

Prévot découpe un parachute pour recueillir la rosée et trouve une « orange miraculeuse » que les deux hommes se partagent. Le lendemain, ils ont une grande quantité d’eau mais elle a un goût de métal empoisonné plus fort que la soif. Ils décident de marcher droit devant. Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie VI avec des allégements.

 

Le vol brisé, Prison de sable (6) : Résurrection, dansL’Intransigeant, 4 février 1936

Voilà trois jours dans le désert depuis l’accident. Les effets de la soif se font sentir. Les deux hommes marchent sans espoir quand soudain, ils voient des traces dans le sable… Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Au centre du désert » partie VII avec modification de la fin.

 

Nous traversons la grande vallée noire des contes de fées, celle de l’épreuve. Ici point de secours. Ici point de pardon pour les erreurs. Nous sommes livrés à la discrétion de Dieu.

 

On croit que l’homme peut s’en aller droit devant soi. On croit que l’homme est libre… On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre.

 

L’avion, ce n’est pas une fin, c’est un moyen.

 

On fait un travail d’homme et l’on connaît des soucis d’homme.

 

Je ne regrette rien. J’ai joué, j’ai perdu. C’est dans l’ordre de mon métier. Mais, tout de même, je l’ai respiré, le vent de la mer.

 

Les fraîches jeunes filles, au soir de leur premier amour, connaissent le chagrin et pleurent. Le chagrin est lié aux frémissements de la vie.

 

Eau, tu n’as ni goût, ni couleur, ni arôme, on ne peut pas te définir, on te goûte, sans te connaître. Tu n’es pas nécessaire à la vie tu es la vie.

 

Tu es l’Homme et tu m’apparais avec le visage de tous les hommes à la fois.

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

 

Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes, Gallimard, 1939

 

Gallica, bibliothèque numérique de la BnF, donne accès aux volumes numérisés de L’Intransigeant de 1880—1948

http://gallica.bnf.fr/

Moscou (1935)

Le 2 mai 1935, un traité franco-soviétique d’assistance mutuelle est signé à Paris suivie de la visite à Moscou du premier ministre français Pierre Laval du 13 au 15 mai 1935. Paris-Soir, le journal au plus gros tirage de la presse française se doit de suivre l’événement. Patron du journal, Hervé Mille, engage Antoine de Saint-Exupéry pour faire un reportage dans ce territoire coupé du reste du monde, au pays de la révolution bolchevique, du pouvoir des ouvriers et des paysans.

 

Saint-Exupéry est curieux de connaître par lui-même ce pays qui est au centre de nombreuses polémiques, adulé ou décrié avec passion. André Gide et André Malraux en disent beaucoup de bien et des écrivains de première importance se font ses défenseurs. En face, d’autres dénoncent les famines liées à la collectivisation des terres, la désorganisation économique, la terreur policière, le despotisme de Staline et le manque de liberté.

 

Saint-Exupéry écrit sixarticles où il relate son voyage à travers l’Europe et son arrivée en Union soviétique en mai 1935. Plus attentif à ses propres conceptions qu’aux réalités, il juge le système soviétique avec complaisance. L’idée que l’homme se construit selon ses convictions morales, par l’effort et le sacrifice et qu’il faut l’obliger à se dépasser, l’empêche de comprendre la complexité de cette société. Au nom de la grandeur de l’homme qui se bâtit dans la douleur, chacun offrant sa vie à la cause commune, il fait l’éloge de Staline fermant et levain de son peuple. Il ne perçoit pas les dangers d’un système si sûr de ses vérités qu’il n’admet aucune contestation et se condamne à la stagnation.

Moscou tout entière a célébré la fête de la révolution, dans Paris-Soir, 3 mai 1935

Arrivé à Moscou la veille du 1er mai, fête du travail, Saint-Exupéry assiste aux préparatifs du grand défilé de la Place rouge, en présence de Staline. Faute d’avoir obtenu les autorisations nécessaires, il est consigné à son hôtel mais s’échappe quand même…

 

La nuit dans un train où, au milieu des mineurs polonais rapatriés, Mozart enfant dormait…, dans Paris-Soir, 14 mai 1935

Dans le train qui le conduit à travers l’Europe vers Moscou, Saint-Exupéry décide d’explorer cette « petite patrie »où il va passer trois jours. Il arrive dans les wagons de troisième classe où dorment des ouvriers polonais. A côté d’un couple, il voit un enfant au visage d’ange : « voici Mozart enfant … ».

 

Moscou ! Mais où est la révolution ? dans Paris-Soir, 16 mai 1935

Enfin en Russie. À la gare frontière, la salle des douanes ressemble à une salle de fêtes et le restaurant de la gare est grand. Le douanier indifférent, donne une sensation de force énorme. Tout est normal, aucune misère, aucun signe de terreur, les gens ne semblent pas accablés par un malheur insoutenable. La révolution ne se fait pas sentir dans la vie de tous les jours et l’Union soviétique ressemble à tous les autres pays civilisés.

 

Crimes et châtiments devant la justice soviétique, dans Paris-Soir, 19 mai 1935

Un juge soviétique explique qu’il ne punit pas : il corrige.Comme le médecin, il soigne s’il peut, mais s’il ne peut pas guérir il fusille, pour préserver la santé publique. Coupable ne signifie plus rien en Union soviétique. Les peines sont en rapport avec la situation sociale.Il y a aussi la surveillance policière, le passeport intérieur, l’asservissement au collectif…

 

La fin tragique du « Maxime Gorki », dans Paris-Soir, 20 mai 1935

Le Tupolev Maxime Gorki est percuté par un des avions de chasse qui l’escorte lors d’un vol de démonstration au dessus de Moscou. L’avion s’écrase dans un quartier résidentiel. Seul journaliste étranger invité à bord la veille de cet accident, Saint-Exupéry décrit le plus grand avion du monde de l’époque.

 

Une étrange soirée avec « Melle Xavier » et dix petites vieilles un peu ivres qui pleuraient leurs vingt ans, dans Paris-Soir, 22 mai 1935

Saint-Exupéry rend visite à Melle Xavier qui habite un appartement communautaire. « Vieille fée carabosse », Melle Xavier est une de ces 300 françaises, perdues dans cette ville, anciennes institutrices ou gouvernantes ayant subi la révolution. Melle Xavier réunit dix autres vieilles qui lui racontent la vie pendant les années de révolution et de guerre civile.

On pourrait inventer qu’il n’existe pas, tant sa présence est invisible.[A propos de Staline]

 

Il conduisit ainsi ce peuple vers une terre promise et, cette terre promise, il la faisait naître à la place de l’ancienne terre dévastée, au lieu d’un exode vers des terres fertiles ou des mirages d’aventures. [A propos de Staline]

 

Il semble à peine paradoxal d’imaginer le jour où Staline, du fond de son Kremlin, décrétera qu’un bon prolétaire, s’il se respecte, s’habille le soir. La Russie, ce jour là, dînera en smoking.

 

Car l’essentiel d’une coutume, d’un rite, d’une règle de jeu, c’est le goût qu’ils donnent à la vie, c’est le sens de la vie qu’ils créent.

 

L’homme était pareil à un tas de glaise.

 

Le voyage est une sorte de préface qui prépare à comprendre un pays.

 

Il y a là un grand irrespect pour l’individu mais un grand respect pour l’homme, pour celui qui se perpétue à travers les individus et dont il s’agit de bâtir la grandeur.

 

« Voici un visage de musicien, voici Mozart enfant, voici une belle promesse de vie ! » Les petits princes de légende n’étaient point différents de lui.

 

Quand il naît pas mutation dans les jardins une rose nouvelle, voilà tous les jardiniers qui s’émeuvent. On isole la rose, on cultive la rose, on favorise la rose… Mais il n’est point de jardinier pour les hommes.

 

Mozart enfant sera marqué comme les autres par la machine à emboutir

 

Ce qui me tourmente, ce ne sont ni ces creux, ni ces bosses, ni cette laideur. C’est, un peu dans chacun de ces hommes, Mozart assassiné.

 

Ainsi je découvre peu à peu combien j’ai été naïf d’avoir cru à des contes.

 

Je découvre à mes propres erreurs combien l’on a cherché à défigurer l’expérience russe.

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

Articles consacrés a Mermoz (1933-1937)

 

Dés 1933, Antoine de Saint-Exupéry écrit des articles sur Jean Mermoz ses exploits et sa disparition en 1936. Il rappelle son histoire et dresse le portrait d’un homme engagé, ardant, courageux et d’une grande noblesse.

 

Jean Mermoz (1901-1936) est le pilote des records. Engagé en 1924 par la compagnie Latécoère, il a été un des pionniers à voler au-dessus du désert pour livrer le courrier sur la ligne Casablanca-Dakar. En Amérique du Sud, il a  ouvert la ligne Buenos-Aires-Santiago au-dessus des Andes et expérimenté les vols de nuit. Il a tenté les premières traversées de l’Atlantique Sud en hydravion. Le 7 décembre 1936, il disparaît avec son équipage aux commandes de l’hydravion Croix du Sud en traversant l’Atlantique.

 

Saint-Exupéry admire Mermoz même s’il ne partage pas ses idées et son engagement aux Croix-de-Feu. Dans un article publié dans Marianne en 1935, il loue son « loyalisme professionnel » et son désintéressement pour l’argent. Célèbre, Mermoz pouvait se contenter de tirer profit de sa notoriété et ne plus risquer sa vie. Mais l’argent ne permet pas d’acheter l’amitié des hommes liés pour la vie parce qu’ils ont affronté ensemble une épreuve.

 

À l’annonce de sa disparition, le 7 décembre 1936, Saint-Exupéry rédige plusieurs articles dans lesquels il rend hommage au pilote courageux. Dans un premier temps, il garde l’espoir de retrouver son ami sain et sauf. Puis, il fait son deuil, obligé de constater son absence. La disparition de Jean Mermoz provoque une attente puis un manque. Ses camarades avaient besoin de lui comme on a besoin de pain quand on a faim. En 1937, un an après sa disparition, il prononce une allocution, l’Adieu à Mermoz et à ses compagnons d’infortune. Il reprendra certains de ces articles pour les faire figurer dans son livre Terre des hommes paru en 1939.

 

 

Mermoz, dans Marianne n°14, 25 janvier 1933

Saint-Exupéry rend hommage à Jean Mermoz qui vient d’accomplir sa seconde traversée de l’Atlantique Sud sur un avion terrestre.

 

Mermoz, pilote de ligne, dans Marianne n°146, 7 août 1935

Saint-Exupéry fait l’éloge de Jean Mermoz, investi d’un « loyalisme professionnel » et il relate les exploits. Cet article servira à l’élaboration d’un autre, plus ample, publié après la disparition de Mermoz dans l’Intransigeant en 1937.

 

Nous sommes quelques-uns à ne pas renoncer encore à Mermoz, dans [L’Intransigeant], 10 décembre 1936

Cet article est publié trois jours après l’annonce de la dramatique disparition de Mermoz en survolant l’Atlantique aux commandes de l’hydravion Croix du Sud. L’attente est angoissante et Saint-Exupéry veut croire qu’un miracle est encore possible.

 

Il faut encore chercher Mermoz, dans L’Intransigeant, 13 décembre 1936

Mermoz est porté disparu « quatre jours » (en réalité depuis le 7 décembre 1936) mais Saint-Exupéry a l’espoir de le retrouver. Pour avoir participé à des recherche aérienne, il cite plusieurs exemples de pilotes retrouvés : Reine et Serre, Guillaumet, Ville…

 

Mermoz, le héros vaincu, dans La vie aérienne, 15 décembre 1936

 

A Jean Mermoz, dans Marianne, 16 décembre 1936

La rédaction de Marianne demande à Saint-Exupéry de confier des souvenirs sur Jean Mermoz. Il écrit cet article cinq jours après la disparition de son camarade aviateur qu’il espère encore vivant.

 

A Jean Mermoz, dans Le Flambeau, 16 janvier 1937

 

Mermoz avait défriché les sables, la montagne, la nuit et la mer dans [L’Intransigeant],

27 janvier 1936

Cet article est repris dans Terre des hommes chapitres I « La Ligne » et II « Les camarades ».

 

Adieu à Mermoz, 7 décembre 1937

Allocution prononcée le 7 décembre 1937 pour commémorer de la disparition un an auparavant de Jean Mermoz et son équipage.

 

Tu es large comme une génération…

Ebauche d’un article jamais publié du vivant de Saint-Exupéry dans lequel il rend hommage à Jean Mermoz disparu.

 

L’argent est un moyen. (…) ce qu’on peut rêver de plus précieux, l’argent ne l’achète pas.

 

Mermoz est un des rares hommes qui ne confondent pas l’argent, symbole de richesse et de possession, avec la richesse et la possession.

 

Il ne décollait pas, Mermoz, il se délivrait de la boue.

 

Je crois en tous ceux qui apprennent la vie à travers un outil…

 

C’est le désert et la soif et l’image présente de la mort qui fondent ces statures de capitaine.

 

[ A Mermoz] Pardonne-moi, je ne puis encore te croire parfait, de la perfection des morts.

 

Aucune fête n’a d’autre sens sinon celui de faire sentir aux hommes cette communauté admirable qui peut être la leur.

 

 

Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes, Gallimard, 1939

 

Catalogue de l’exposition Saint-Exupéry,Archives nationales, 1984

 

Cahiers Saint-Exupéry III, Gallimard, 1989

 

Saint-Exupéry : Œuvres complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

 

Gallica, bibliothèque numérique de la BnF, donne accès aux volumes numérisés de L’Intransigeant de 1880—1948

http://gallica.bnf.fr/

Articles parus dans Marianne (1932-1939)

Antoine de Saint-Exupéry débute son activité journalistique en 1932 en livrant ses premiers articles à la revue Marianne nouvellement créée par Gaston Gallimard. Il fait lerécit de ses expériences de pilote et rend compte de l’actualité liée à la compagnie d’aviation Aéropostale. Cette activité lui procure une nouvelle source de revenus susceptibles d’améliorer ses finances catastrophiques.

Gaston Gallimard crée en 1932 le grand hebdomadaire littéraire illustré Marianne pour offrir une tribune moins élitiste que La Nouvelle Revue Française créée en 1909. Dés le premier numéro diffusé le 26 octobre 1932, un article de Saint-Exupéry illustré de photographies est publié en page 4. La revue orientée à gauche compte de nombreux contributeurs dont Pierre Mac Orlan, Jean Rostand, Henri Troyat, Marlène Dietrich… Le journal se caractérise par les photomontages du danois Marinus Jacob Kjeldgaard en couverture, qui mettent en scène des personnalités politiques françaises et étrangères. Malgré sa qualité, la revue connait un succès limité et ne dépasse pas 60 000 exemplaires. Gaston Gallimard vend la revue en 1937, avant qu’elle ne disparaisse en 1940.

De 1932 à 1939, quinze articles de Saint-Exupéry sont publiés dans la revue liée aux Éditions Gallimard qui publient ses livres.Ses deux premierarticles font l’éloge des pilotes de l’Aéropostale au moment même où les anciens dirigeants de celle-ci sont mis en cause dans un scandale politico-financier. Trois articles sont dédiés à son camarade Jean Mermoz. Jusqu’en 1939, il écrit sur l’aviation et raconte ses aventures en Afrique et en Amérique du Sud. Certains articles lui servent d’ébauche à son livre Terre des hommes, publié en 1939.

Pilote de ligne (1), dans Marianne n°1, 26 octobre 1932

L’article fait référence au scandale politico-financier de l’Aéropostale alors en liquidation judiciaire. Saint-Exupéry rend hommage aux pilotes de la compagnie qui risquent chaque jour leur vie et présente l’enjeu de la disparition de ce réseau de lignes.

Pilote de ligne (2), dans Marianne n°2, 2 novembre 1932

Cet article fait suite à l’article du 26 octobre 1932 du même titre, dont il veut renforcer le propos. Il relate plusieurs anecdotes sur la ligne Casablanca-Dakar dont la moitié du parcours surplombe le Sud marocain et le Sahara espagnol, territoire en dissidence maures.

Escales en Patagonie, dans Marianne n°6, 30 novembre 1932

En 1929, Saint-Exupéry est muté à Buenos Aires où l’Aéropostale étend son réseau jusqu’en Terre de feu. Il décrit l’entreprise, les villes traversées et les rencontres qu’il fait à Comodoro Rovidavia, Puerto Descado, San Julian, vers le détroit de Magellan…

Princesses d’Agrigente, dans Marianne n°8, 14 décembre 1932

Cet article est repris dans Terre des hommes pour devenir le chapitre V « Oasis ».

Mermoz, dans Marianne n°14, 25 janvier 1933

Voir les articles consacrés à Mermoz

Bark, esclave Maure, dans Marianne n°30, 17 mai 1933

Cet article est repris dans Terre des hommes chapitre VI « Dans le désert ».

A propos de Codos et Rossi, dans Marianne n°44, 22 août 1933

Saint-Exupéry décrit les sensations de l’aviateur qui se prépare à battre un record. L’article fait référence à Paul Codos et Maurice Rossi qui viennent d’accomplir un nouveau record : la traversée sans escale de New York à Rayak, près de Damas.

La fin de l’Emeraude, dans Marianne n°66, 24 janvier 1934

Saint-Exupéry évoque sa soirée avec Jean Mermoz, la veille de l’accident de l’Emeraude survenu le 15 janvier 1934.

Servitude et grandeur de l’aviation, dans Marianne n°71, 28 février 1934

Saint-Exupéry reprend le titre du livre « Servitude et grandeur de l’aviation » de Maurice Bourdet dont il a écrit la préface et relate des anecdotes vécues.

Souvenirs de Mauritanie, dans Marianne n°77, 11 avril 1934

Saint-Exupéry raconte la conversation entre Gager, un colon français qui habite le Sud marocain et le vieux Caïd de la région. Cet article est repris dans le chapitre VI « Dans le désert » de Terre des hommes et dans Air France Revue en 1935.

Le 14e salon de l'aviation,dans Marianne n°109, 21 novembre 1934

Mermoz, pilote de ligne, dans Marianne n°146, 7 août 1935

Voir les articles consacrés à Mermoz

A Jean Mermoz… dans Marianne, 16 décembre 1936

Voir les articles consacrés à Mermoz

Le pilote et les puissances naturelles, dans Marianne n°356, 16 août 1939

Anne Lindbergh, dans Marianne n°357, 23 août 1939

Un revolver dans la poche d’Al Capone acquiert un potentiel dont il est dépourvu s’il appartient à un vieux philosophe.

 

L’aviation est bien autre chose qu’un sport.

 

Quelle belle grimace il dut réussir pour épouvanter un guerrier maure.

 

Ce silence mûrissait quelque chose.

 

C’était la belle époque de l’Aéropostale. D’un bout à l’autre du continent américain, nous lancions des lignes comme on lance des ponts.

 

« Vous êtes le progrès dont nous serons digne… »

 

Sérénité des hommes qui ne se heurtent qu’aux grands problèmes.

 

Les empires s’enfoncent dans le sable. Une civilisation efface l’autre. Les peuples conquis s’assimilent Mais longtemps encore, un signe, un geste, une réplique ressuscitent dans l’homme nouveau l’homme d’autrefois, comme un bas relief exhumé témoigne du temple mort...

 

L’homme – avant tout – c’est un langage.

 

Nous tous qui gardons la nostalgie des îles où le commerce n’était pas inventé, où les besognes mécaniques et le langage d’affaires n’absorbaient pas les trois quarts de la vie, nous respirons mieux, nous écoutons passer des hommes qui ont des soucis d’hommes…

 

Un homme, s’il prévoit des ennuis, va trouver son père. 

 

Elles étaient belles, ces villes qui dressaient des écoles et ne possédaient pas encore de cimetière

 

Elle n’opposait pas la vie admirable à la maigre vertu

Michel Gall : 25000 kilomètres pour retrouver Saint Ex, Paris Match n° 790, 1964 [références aux personnages évoqués dans « Princesses d’Agrigente»]

 

Michèle Kahn: La Tragédie de l'Emeraude : 15 janvier 1934, Saigon - Paris, Éditions Le Rocher, octobre 2007

 

Saint-Exupéry : Œuvres complètesI, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1994

 

Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes, Gallimard, 1939

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