Les amis

Marc Sabran

Antoine de Saint-Exupéry fait sa connaissance à la villa Saint-Jean à Fribourg. C’est un jeune homme d’une grande sensibilité qui aime la musique et la littérature.

 

Les discussions avec lui sont nourrissantes et Marc réconforte les ambitions littéraires d’Antoine qui lui lit son premier texte L’Aviateur. Ils se retrouvent en 1921 au Maroc. Officier de carrière, Marc Sabran, est en poste à Rabat puis à Casablanca. Antoine effectue son service militaire au 37ème régiment d’aviation dans les environs de Casablanca et se rend à Rabat pour subir les examens du concours d’élève-officier de réserve (E.O.R.). Marc Sabran lui présente Pierre Priou, haut commissaire aux affaires indigènes du Maroc, avec qui ils passent des soirées entières à discuter. Ils font de la musique, Sabran joue Debussy et Ravel au piano, courent les bars et jouent aux cartes. Son brevet d’aviation militaire en poche, Antoine rentre en France poursuivre son service militaire. Quelques années plus tard, en 1928, Marc Sabran meurt à Tanger.

Lewis Galantière (1895 – 1977)

Lewis Galantière est présenté à Antoine de Saint-Exupéry par les Éditions Reynal & Hitchcock à New York, en 1938. Il est chargé d’une part de l’aider à réunir les chapitres (en fait des articles déjà publiés) en un volume unitaire, d’autre part d’écrire la version anglaise de Terre des Hommes  qui sera publiée sous le titre Wind, Sand and Stars.

 

Le contrat signé et les avances versées, Antoine de Saint-Exupéry et Lewis Galantière commencent leur collaboration. Saint-Exupéry construit ses textes, ne se laissant qu’en partie guider par Lewis Galantière qui voudrait plus d’action et moins de mobilisation morale. Lewis Galantière s’efforce de le convaincre d’ajouter des passages que Saint-Exupéry considère inutiles. L’entente n’est pas toujours des plus cordiales et Lewis Galantière va jusqu’à affirmer qu’Antoine de Saint-Exupéry seul aurait été incapable de mener à bien son travail. Cependant, Galantière sert d’interprète à Saint-Exupéry lors de ses séjours aux États-Unis comme par exemple lors de la conférence de presse de janvier 1941 où il dément être membre du comité d’écrivains du Conseil national de Vichy.

 

À la fin de l’année 1941, Lewis Galantière et Elisabeth Reynal se font l’intermédiaire des Éditions Reynal & Hitchcock pour demander à Saint-Exupery un nouveau livre destiné à « expliquer la défaite à des gens [les Américains] qui croient que la France n’a pas combattu ». Ce sera Flight to Arras (Pilote de guerre). Saint-Exupéry se met au travail et Galantière, chargé de la traduction au fur et à mesure de la rédaction, submergé par les variantes, corrections et autres révisions, transmises par courrier et téléphone, parfois en pleine nuit.

 

En mars 1942 lors d’un cocktail, Lewis présente Sylvia  Hamilton à Antoine, et se trouve ainsi à l’origine de leur liaison. Antoine expose à Lewis ses idées concernant la conduite de la guerre (des barges sous-marines devant amener de l’autre côté de l’océan des avions en pièces détachées) jusqu’à l’initiative d’une réconciliation entre les généraux Giraud et de Gaulle, que les Américains envisagent déjà. En octobre 1942, Lewis Galantière quitte les États-Unis pour Londres et, en début 1943, Saint-Exupéry pour l’Algérie.

André Beucler (1898 – 1985)

À la suggestion de Gaston Gallimard, en avril 1929, Antoine de Saint-Exupéry rend visite à André Beucler et lui sollicite une préface pour Courrier Sud. Il accepte, mais regrettera par la suite d’avoir mis l’accent sur l’aviateur et de n’avoir pas suffisamment insisté sur les qualités littéraires du roman.

 

André Beucler fait ses premiers pas dans la presse lorsqu’il est remarqué par Gaston Gallimard qui publie en 1925 son premier livre La ville anonyme. Très vite, il devient un journaliste réputé, un auteur à succès et un scénariste bien payé.

 

Léon-Paul Fargue et Joseph Kessel sont ses compagnons de fêtes bien arrosées dans les cafés parisiens. Il fréquente Robert Desnos, Marcel Achard, Pablo Picasso, Jean Cocteau, Paul Morand, Jean Giraudoux, Emmanuel Bove, Marcel Aymé, Max Jacob... Il entretient des relations cordiales avec Pierre Lazareff, Julien Duvivier et le compositeur Georges Auric.

 

Saint-Exupéry est aussitôt adopté dans le groupe de ceux qui passent leurs nuits à discuter autour d’un verre dont certains rencontrés dans le salon d’Yvonne de Lestrange. À la fin d’un repas, Antoine de Saint-Exupéry, André Beucler, Jean Prévost et Jean Giraudoux décident de faire de ces déjeuners des rendez-vous réguliers, mais le déclenchement de la guerre mettra fin à cette habitude.

 

Chroniqueur de cinéma, André Beucler devient scénariste dans l’équipe française qui travaille pour les studios UFA de Berlin, ce qui ne l’empêche pas de dénoncer le danger de la montée du nazisme dans ses articles. Puis, il est chargé de missions dans l’équipe de Jean Giraudoux devenu, commissaire général à l’information en 1939. Après l’armistice de 1940, il s’établit dans le Sud de la France où il organise une structure d’accueil aux clandestins. Dans ses portraits et souvenirs, il fait une large place à ses amis disparus, dont Antoine de Saint-Exupéry.

Léon-Paul Fargue (1876 - 1947)

« J’ai connu beaucoup le cher Tonio ; il fait presque partie de ma jeunesse de Paris ; je veux parler de la seconde, celle qui commence en 1924 avec l’aviation vraie. Enfin, je pourrai dire avec lui : de ce temps-là »

 

Habitué des salons littéraires, Léon-Paul Fargue fait la connaissance du jeune Antoine de Saint-Exupéry chez Yvonne de Lestrange. Poète et écrivain, il mène une vie de bohème, côtoyant l’élite intellectuelle du début du siècle : Paul Valéry, Valery Larbaud, Paul Claudel, André Gide ou Maurice Ravel. Il a été membre de la Société des Apaches (1900-1914) groupe artistique français composé d’écrivains et de musiciens qui défendit Claude Debussy pour la création de son opéra Pelléas et Mélisande.

 

Les deux hommes se donnent rendez-vous chez Androuet « au musée aux fromages », passent leurs soirées au Lutétia, à la brasserie Lipp, dans l’appartement de Saint-Exupéry rue Chanaleilles ou chez Jean Prévost :

« Je soussigné Léon-Paul Fargue, officier de l’Académie française, certifie que j’ai retenu Antoine de Saint-Exupéry, commandeur de tout, jusqu’à une heure hindoue, parce que quand je le vois, je ne peux pas le lâcher »

 

Malgré leurs 23 ans d’écart, Léon-Paul Fargue apprécie la compagnie de ce jeune auteur qui n’hésite pas à lui demander conseil. Ainsi, avant de partir en reportage en URSS en 1935, Antoine de Saint-Exupéry lui requiert un cours d’histoire. Léon-Paul Fargue, qui connaît les exilés chassés de Russie par la révolution de 1917, lui fait rencontrer ceux qui peuvent lui parler avec compétence de leur pays, notamment le prince Alexandre Malinovski.

 

Chroniqueur étincelant de la vie parisienne, Léon-Paul Fargue consacre plusieurs textes à Antoine de Saint-Exupéry.

 

« Saint-Ex avait des idées justes et neuves sur presque tout. Rien ne lui échappait : le marxisme, la mode, la mythologie, l’art classique, le loufoque, le destin, Montmartre et le folklore américain, le snobisme et la subtilité, les pires audaces et le goût le plus juste, Picasso, Valéry, les courses, les Médicis, les balbutiements du surréalisme, les rêves et la psychanalyse, les ballets russes (…) »

 

 « Pour Saint-Exupéry vivant, rien ne fut jamais impossible. (…). C’était un bon grand diable de loyauté, de soulagement et de foi que nous ne pouvons nous consoler d’avoir perdu. (…) Je l’ai beaucoup aimé, et je le pleurerai toujours »

Joseph Kessel (1898 - 1979)

C’est au Maroc, en 1931, que Joseph Kessel fait la connaissance d’Antoine de Saint-Exupéry alors affecté au transport de nuit sur la ligne Casablanca-Port-Etienne. Kessel, a entendu parler de ses exploits en tant que chef d’escale à Cap Juby. Auteur de Courrier Sud, Saint-Exupéry s’attache à décrire la vie des pilotes, comme Kessel autrefois.

 

Engagé dans l'aviation de combat en 1916, Joseph Kessel en puise le sujet de son roman à succès L’Équipage, consacré à la vie des pilotes de guerre et publié en 1923. Après la guerre il entame une carrière à la fois de reporter et de romancier. Il couvre les grands événements qui marquent l’univers et suit les progrès de l’Aéropostale. En 1926, il obtient le Grand Prix du roman de l’Académie française pour Les Captifs.

 

En décembre 1935, Joseph Kessel est de ceux qui viennent encourager Saint-Exupéry dans le raid Paris-Saigon. Et lorsqu’il est retrouvé sain et sauf, il dresse un Portrait de Saint-Exupéry dans l’hebdomadaire Gringoire du 10 janvier 1936. Cette année là, est créé le grand prix littéraire de l’Aéroclub de France ; ils font tous deux partie du jury. Leurs chemins se seraient croisés à nouveau en 1937, à Madrid où Saint-Exupéry est envoyé pour couvrir la guerre d’Espagne.

 

Correspondant de guerre en 1939, Joseph Kessel rend compte de la vie rustique des aviateurs. Il fait le tour de différentes unités militaires qui se préparent à affronter l’ennemi et retrouve Saint-Exupéry affecté au groupe 2/33 à Orconte. Les deux hommes se croisent à nouveau en 1940. Démobilisé, Saint-Exupéry arpente la France pour saluer ses amis avant son départ pour les États-Unis. En 1943, Kessel se rend à Londres où il compose les paroles du Chant des partisans avec son neveu Maurice Druon. En fin d’année 1943, il se rend à Alger où il voit Saint-Exupéry pour la dernière fois.

Léon Werth (1878 – 1955)

Le journaliste René Delange présente Léon Werth à Antoine de Saint-Exupéry qui vient de recevoir le prix Femina pour Vol de nuit en 1931. Une grande amitié lie aussitôt les deux hommes. Saint-Exupéry qui a admiré Clavel soldat (un violent réquisitoire contre la guerre paru en 1919) dédiera Le Petit Prince à « Léon Werth quant il était petit garçon ».

 

Ils dînent ensemble à Paris ou à Saint-Amour, résidence secondaire des Werth dans le Jura, chacun content de confronter leurs points de vue. À son tour, Léon Werth a la sensation que Tonio lui a « rendu sa jeunesse ».Leurs conversations sont à la fois excitantes pour l’esprit et joyeuses par la confrontation intellectuelle. Ses discussions avec Léon Werth sont à l’origine de réflexions sur la vocation de l’homme dans le monde, de principes d’économie politique et de considérations sur la guerre et le développement des sociétés. Antoine Saint-Exupéry affirme qu’il est « le fruit d’une civilisation », « le gardien d’une opinion particulière et profonde ».

 

À Pâques 1939, Antoine se rend à Saint-Amour et les deux amis déjeunent à Fleurville, au bord de la Saône en compagnie de quelques mariniers. Antoine n’oubliera jamais ce moment qu’il retranscrira dans le chapitre III de Lettre à un otage. Lorsque la guerre éclate, Léon Werth fait jouer ses relations pour affecter son ami au Centre National de la Recherche Scientifique, et le mettre à l’abri des combats à venir :

« Ce risque, il le voulait, [note Léon Werth]. Que de fois avons-nous répété qu’il pouvait mieux servir que par l’exemple de sa mort. (…) Comme les autres risques, il veut non pas seulement l’affronter, c’est trop facile, mais le recueillir, l’enrichir de sa propre substance, le filtrer… »

 

À la mi-octobre 1940, Saint-Exupéry retourne à Saint-Amour où Léon Werth (d’origine juive et communiste de surcroit), s’est réfugié. Il lui lit quelques pages de son manuscrit Citadelle. Léon Werth lui conseille de quitter la France et lui confie son manuscrit 33 Jours. Aux États-Unis, Saint-Exupéry est chargé d’en rédiger une préface et de le faire publier, mais sans succès. Sa préface initialement intitulé Lettre à Léon Werth devient Lettre à un otage et parait de façon indépendante en 1943. La même année, il lui dédicace Le Petit Prince

« Cette grande personne est le meilleur ami que j’ai au monde »

 

Dans son refuge du Jura, Léon Werth tient un journal qui sera publié en 1946 sous le titre « Déposition ». Il consacre de nombreuses pages à Antoine de Saint-Exupéry qui seront publiés à part en 1948 dans un livre intitulé « Saint-Exupéry tel que je l’ai connu ».

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André Gide (1869 – 1951)

Mondain et toujours à la recherche de nouveaux talents et de nouveaux disciples, André Gide fréquente les salons parisiens dont celui d’Yvonne de Lestrange qui l’invite aussi, dans son château de Chitré. Elle lui recommande chaleureusement son cousin Antoine de Saint-Exupéry qui s’essaye à l’écriture.

 

Leur amitié naissante inquiète Marie de Saint-Exupéry qui ne trouve pas fréquentable cet auteur de mauvaise réputation. À plusieurs reprises dans ses lettres, Antoine doit le défendre auprès de sa mère. Maître à penser des nouvelles générations dans les années 1920, André Gide a acquit un grand prestige et c’est sous son autorité que se place le groupe de jeunes qui fait publier la Nouvelle Revue Française par Gaston Gallimard en 1908.

 

Saint-Exupéry n’ignore pas l’influence d’André Gide dans les milieux littéraires, en sorte qu’il lui soumet son premier manuscrit Courrier Sud. Deux ans plus tard, de retour d’Argentine, Saint-Exupéry lui donne à lire son deuxième manuscrit Vol de nuit pour lequel André Gide propose d’écrire une préface. Saint-Exupéry lui raconte l’histoire d’Henri Guillaumet dont l’avion s’est écrasé dans les Andes en plein hiver austral, son combat pour survivre et sa marche jusqu’à un endroit habité. Gide est impressionné autant par l’aventure de Guillaumet que par le récit et encourage Saint-Exupéry à l’écrire. Ce sera un premier pas vers son prochain livre, Terre des hommes.

« Après ses deux premiers romans, je m’étais hasardé à lui dire : « Pourquoi n’écririez-vous pas quelque chose qui ne serait pas un récit continu, mais une sorte de.. ». Ici j’hésitais : « ... enfin comme un bouquet, une gerbe, sans tenir compte des lieux et du temps, le groupement en divers chapitres des sensations, des émotions, des réflexions de l’aviateur (…)’ » explique ainsi Gide, selon Georges Pélissier.

 

 

Yvonne de Lestrange invite à Chitré son cousin Antoine et André Gide en août 1938. André Gide raconte son séjour à son amie Elisabeth Van Rysselberghe qui note dans ses Cahiers :

« Il [André Gide] me parle de Saint-Exupéry qui était à Chitré, avec une grande admiration et comme d’un être d’une intelligence extraordinaire et d’un esprit d’invention prodigieux… Il fait aussi des tours de cartes d’une habileté inexplicable, que du reste il se refuse à expliquer, c’est à croire qu’il a double vue… »

 

Attelé à l’écriture de Terre des hommes, Saint-Exupéry présente des fragments à André Gide qui lui suggère de changer l’ordre des chapitres. Il lui procure un volume de Joseph Conrad Le Miroir de la mer pour lui prouver qu’on peut faire un bon livre avec des éléments disparates.

 

Réfugié en Tunisie en 1942, André Gide se rend à Alger après la libération de l’Afrique du Nord. Il habite chez Anne Heurgon-Desjardins, une grande maison où il croise d’autres invités tels qu’André Maurois (revenu des États-Unis), Albert Camus, Jean Amrouche, Max-Pol Fouchet et, en 1943, Antoine de Saint-Exupéry. Gide et Saint-Exupéry jouent aux échecs, mais Max-Pol Fouchet surprend Gide en train de tricher, essayant ainsi de gagner au moins une partie contre ce redoutable adversaire.

 

Quelques jours avant sa disparition en juillet 1944, Antoine de Saint-Exupéry propose à André Gide de l’amener faire un tour en avion mais Gide, prudent, prend prétexte d’une mauvaise toux qui le tracasse et refuse.

Jean Prévost (1901-1944)

Secrétaire de rédaction de la revue littéraireLe Navire d’argent, Jean Prévost révèle Saint-Exupéry au public en publiant son premier texte L’Aviateur en avril 1926.

 

C’est dans le salon littéraire d’Yvonne de Lestrange, que Jean Prévost fait la connaissance d’Antoine de Saint-Exupéry. Il est impressionné, par la force et la finesse avec lesquelles « Tonio », comme il l’appelle, parle de ses impressions d’aviateur. Apprenant qu’il s’essaie à l’écriture, il demande à le lire. Antoine perd le texte qu’il voulait lui soumettre et le réécrit de mémoire. En retard au rendez-vous fixé au café Deux-Magots, place Saint-Germain-des-Prés, il laisse le manuscrit à la caisse, qui arrive finalement entre les mains de Jean Prévost. Ce dernier opère quelques remaniements du texte à commencer par le titre L’Évasion de Jacques Bernis, qu’il change avant publication pour L’Aviateur.

 

Jean Prévost recommande le jeune auteur à Gaston Gallimard et encourage celui-ci à lui proposer un contrat pour un premier livre. Lorsque Courrier Sud est en relecture, il corrige les épreuves et signe une chronique laudative du roman publiée par la Nouvelle Revue Française en 1929. Il salue aussi Vol de nuit par un article très élogieux publié dans Gringoire en 1931. À la fin des années 1930, boursier aux États-Unis, il est de ceux qui contribuent à faire connaître Antoine de Saint-Exupéry outre-Atlantique. Sur l’exemplaire de Terre des Hommes qu’il lui dédicace, Antoine de Saint-Exupéry le remercie de lui avoir suggéré l’idée de ce livre. Notons qu’en 1936, Jean Prévost publiait lui-même un volume intitulé La Terre est aux hommes.

 

Jean Prévost adhère au Comité national des écrivains, créé par Aragon et sa femme. Il reçoit le Grand prix de littérature de l’Académie française en 1943. Pendant la guerre, il entre dans la Résistance sous le nom de capitaine Goderville et participe à la création du journal clandestin Les étoiles à la fin de 1942. Il est tué les armes à la main à Sassenage, dans le Vercors, le 1er août 1944, le lendemain de la disparition de Saint-Exupéry.

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Jean Israël

Personnage héroïque de Pilote de guerre, Jean Israël devient le plus célèbre pilote juif français. Antoine de Saint-Exupéry fait sa connaissance en décembre 1939, alors qu’il rejoint l’escadrille de La Hache basée à Orconte, en Champagne-Ardenne.

 

Ingénieur dans le civil, Jean Israël est lieutenant aviateur de réserve. Il est entré dans l’aviation militaire en 1936 à l’École d’Ambérieu, puis d’Avord. Mobilisé, suite à la déclaration de guerre en 1939, il est affecté au groupe 2/33. Saint-Exupéry arrive dans cette unité en décembre 1939 et se lie d’amitié avec plusieurs aviateurs dont François Laux, le capitaine Moreau, les lieutenants Hochedé et Dutertre et, Israël. Ce dernier fait preuve d’un courage exceptionnel dans les missions suicidaires décrite dans Pilote de guerre. Ce pilote au « grand nez bien juif et bien rouge » occupe une place à part dans le livre de Saint-Exupéry qui dénonce par la même l’antisémitisme.

 

Pilote de guerreest publié à Paris en novembre 1942 par les éditions Gallimard. La presse collaborationniste lui réserve un accueil haineux. D'abord censuré, le livre est finalement interdit par les autorités d'occupation. Au moment où Pilote de guerre est publié, Jean Israël est prisonnier au camp spécial de Lübeck, en Silésie. Parti en mission le 22 mai 1940, son avion a été abattu et il a été capturé par les Allemands. C’est là qu’il apprend la tempête suscitée en France par l’évocation de son courage dans Pilote de guerre dont un exemplaire est introduit clandestinement dans le camp. En 1944, il entame sa cinquième année de captivité dans ce camp de prisonniers lorsqu’il apprend la disparition d’Antoine de Saint-Exupéry.

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Jean-Marie Conty (1904 - )

Fils d’un diplomate de haut rang, Jean-Marie Conty rejoint l’Aéropostale en 1927. Il rencontre Antoine de Saint-Exupéry (engagé un an plus tôt) au Roi de la Bière, un café de Casablanca fréquenté par les pilotes. Il devient son partenaire aux échecs et à la fin de la troisième partie, désireux d’avoir son avis, l’auteur en profite pour lui lire de longs passages de son manuscrit Courrier Sud.
 
De retour en France, ils se voient de temps en temps. Jean-Marie est devenu chargé de mission à Air France pour l’Iran, la Chine et l’URSS. Il fait rencontrer à Antoine les vieilles gouvernantes françaises, qu’il dépeindra dans un reportage sur Moscou paru dans Paris Soir en 1935. En novembre de la même année, Conty convainc Saint-Exupéry de faire ensemble une tournée de conférences pour présenter Air France autour de la Méditerranée. Partis de Casablanca, ils font plusieurs escales jusqu’au Caire où ils visitent un tombeau qui inspire le problème du pharaon à Saint-Exupéry.
 
En 1939, Jean-Marie Conty coordonne la publication du 8e numéro de la revue Le Document consacré aux pilotes d’essai. Il demande un texte d’introduction à Antoine de Saint-Exupéry qui a été pilote d’essai et qui a même failli se noyer, en 1933, en rade de Saint-Raphaël en testant un LATE 293. Dans son introduction à ce numéro spécial, Saint-Exupéry critique la rigueur scientifique et prône l’expérience des hommes qui risquent leur vie pour aller au-delà de ce que pensent les ingénieurs : « l’avion n’est pas seulement une collection de paramètres mais un organisme que l’on ausculte ».
 
Mais ce grand intuitif de Saint-Exupéry pouvait changer diamétralement d’avis et prôner la rigueur scientifique sur un sujet comme l’astrologie !
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