Lettres à l’inconnue (2008)

Lettres à l’inconnue (2008)

Écrites en 1943, ces lettres-dessins sont révélées lors d'une vente aux enchères publique en novembre 2007. Il s’agit de la correspondance amoureuse entre Antoine de Saint-Exupéry et une jeune ambulancière rencontrée dans un train en Algérie. Le Musée des Lettres et Manuscrits à Paris s’est porté acquéreur de ces lettres pour enrichir sa collection de documents originaux liés à Saint-Exupéry.

 

Antoine de Saint-Exupéry vient de passer deux ans aux États-Unis, où il a notamment publié Le Petit Prince. En mai 1943, il rejoint Alger pour tenter de retrouver le terrain de l’action militaire auprès de son escadre de rattachement, le groupe de reconnaissance aérienne 2/33. Dans un train qui le conduit d’Oran à Alger, il rencontre une jeune femme de 23 ans originaire de l’Est de la France. Mariée, elle réside à Oran. Elle est officier et ambulancière pour la Croix-Rouge. Il s’en éprend aussitôt et la fréquente durant la dernière année de sa vie.

 

Antoine de Saint-Exupéry adresse plusieurs lettres à la jeune femme. La plupart sont accompagnées d’un dessin représentant son personnage Le Petit Prince, le conte qu’il a tenu à illustrer lui-même. Les quelques lettres retrouvées révèlent le lien qui unit le personnage du Petit Prince à son auteur et la part singulière du dessin dans l’expression de ses sentiments.

 

En 2008, les Éditions Gallimard rassemblent ces correspondance dans une publication grand format. . L’ouvrage reproduit en facs-similé les lettres originales écrites par Antoine de Saint-Exupéry et propose leur transcription. Intitulé Lettres à l’inconnue le recueil reçoit les faveurs des lecteurs. Tous les exemplaires de la première édition sont vendus en l’espace de quelques semaines et plusieurs nouvelles impressions sont relancées cette année-là.

En 1943, Antoine de Saint-Exupéry adresse plusieurs lettres à une jeune ambulancière rencontrée dans un train en Algérie. Neuf lettres nous sont parvenues. Sept d’entres elles, sont illustrées, parfois le dessin occupe tout l’espace de la page. Lettres-dessins ou de dessins-lettres, la révélation de cette correspondance confirme le talent d’épistolier de Saint-Exupéry.

 

Charmé par la jeune femme, Antoine de Saint-Exupéry s’adresse à elle sous les traits du Petit Prince. Les mots se glissent dans les bulles ou sur les missives du petit homme dessiné à l’encre rehaussée d’aquarelle. Le Petit Prince est reconnaissable à la façon qu’a Saint-Exupéry de tracer les traits de son visage. Deux ronds forment les yeux et lui donne ce regard unique. Un trait vertical marque le nez qui se prolonge parfois pour dessiner un sourcil. La bouche est toute petite. La chevelure est coiffée de boucles teintées de jaune. Enfin, l’écharpe est dressée par le vent. Parmi les éléments du décor, on retrouve les étoiles à cinq branches et la fleur composée d’une tige surmontée d’un cœur rond entouré de pétales.

 

La destinataire des lettres est inconnue, ses héritiers n’ont pas souhaité décliner son identité. Peu importe son nom. Elle est la petite fille et la maitresse. Elle est la femme parmi toutes les roses. Elle est l’attente et la solitude. Elle est fiction et réalité. Elle est singulière et universelle.

 

L’écriture de Saint-Exupéry est régulière et sans rature, elle semble couler sans hésitation. Avec les mots, Antoine de Saint-Exupéry livre ses émotions dans une prose poétique. Les lettres dévoilent un homme en proie à la mélancolie et qui, comme le Petit Prince, cherche quelqu'un à qui parler. 

Pardon de vous déranger…c’était seulement pour dire bonjour !

 

Je découvre avec mélancolie que mon égoïsme n’est pas si grand puisque j’ai donné à autrui le pouvoir de me faire de la peine.

 

Les contes de fées c'est comme ça. Un matin on se réveille. On dit : « Ce n'était qu'un conte de fées... » On sourit de soi. Mais au fond on ne sourit guère. On sait bien que les contes de fées c’est la seule vérité de la vie.

 

On écoute la musique du cœur : c’est joli joli pour qui sait attendre…

 

Je baigne dans ce temps vide où je n’ai plus rien à rêver.

 

Le plus triste c’est, d’un chagrin, que l’on se demande « est-ce bien la peine… »

 

Un Petit Prince sceptique n’est plus un Petit Prince.

 

Rien n’a d’importance dans la vie. (Même pas la vie.)

 

Je vous en ai voulu de me laisser attendre, et non de n’être pas venue.

 

Et j’étais ce soir-là comme un vieux capitaine plein d’expérience à bord d’un tout petit navire. Il fallait le conduire vers le jour…

 

Je voulais la faire voyager dans l’amour.

 

J’étais un peu un cambrioleur de sommeil…

 

Voilà l’histoire que j’ai rêvée pour m’inventer un souvenir, un dernier souvenir qui vaille la peine.

Antoine de Saint Exupéry : Lettres à l'inconnue, Gallimard, 2008

 

Les lettres originales composant le recueil édité par les Éditions Gallimard en 2008 sont conservées au Musée des Lettres et Manuscrits à Paris.

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